CO129-214 - Public Offices & Others - 1883 — Page 247

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remettre en question ce qui, à ce moment, était et eût dû rester bien fini.

Tous ceux qui connaissaient le Tonkin, et s'intéressaient à lui, tous ceux qui avaient à cœur l'avenir de la France dans cet extrême Orient, s'efforçaient, par des conférences, des brochures, des publications dans la presse, d'instruire et d'édifier l'opinion. Par eux, on avait appris que le peuple tonkinois, malgré notre premier abandon, avait encore en nous toutes ses espérances; que lors de sa dernière révolte contre l'oppresseur, il avait arboré le drapeau de la France, qu'il nous appelait de tous ses vœux, prêt à se donner à nous, si nous le délivrions du joug détesté de l'Annam. Ce fait, si heureux pour nous, cette confiance des Tonkinois, il était en effet impossible de le méconnaître, et la presse étrangère elle-même le proclamait dans tous ces parages, en invitant la France à accomplir l'œuvre de délivrance et de civilisation à laquelle étaient intéressées toutes les nations.

Cependant des événements qui se sont succédé sur un théâtre plus rapproché captivèrent un moment l'attention et le Tonkin eût été à peu près oublié si le Gouvernement n'eût demandé, en juillet 1881, un crédit de deux millions quatre cent mille francs, pour faire construire des bâtiments d'un type spécial, destinés à naviguer dans le fleuve Rouge et à détruire la piraterie dans les rivières et sur les côtes du Tonkin.

La marine n'employa pas ce crédit avec une suffisante activité, et en 1882 les pirates du haut du fleuve, connus sous le nom de pavillons noirs, se livrèrent à de telles déprédations et devinrent si arrogants, que le gouverneur de Cochinchine crut devoir renforcer la petite garde qui se trouvait à Hanoï pour assurer la sécurité de notre consul et des Européens. Le chef de cette petite expédition fut amené, peu après son arrivée dans la capitale du Tonkin, à s'emparer de la citadelle, qui a été à peu près démantelée. Cet événement produisit en France une certaine émotion; des nouvelles souvent inexactes, toujours exagérées, firent croire qu'il pouvait se produire quelques dangers pour nos nationaux. Lors de la discussion du budget, le Ministre de la Marine, l'amiral Jaureguiberry, annonçait le dépôt prochain d'un projet de loi, portant ouverture des crédits qu'il jugeait nécessaires pour mener à bien notre action au Tonkin.

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No 1889

On sait ce qu'il en advint; des désaccords se produisirent, dit-on, au sein du Gouvernement et le dépôt du projet n'eut jamais lieu.

Une demande d'interpellation déposée par le député de la Cochinchine fut renvoyée à la session suivante, par suite de la maladie des deux Ministres intéressés, par suite surtout de cette considération qu'un renfort de 750 hommes parti par la Corrèze éloignait tout danger immédiat.

On sait les circonstances qui empêchèrent tout d'abord l'affaire du Tonkin de venir à l'ordre du jour. Le Ministère Duclere fut remplacé par le Ministère Fallières et celui-ci par le Ministère actuel, avant que la question pût venir en discussion.

Mais les événements avaient marché, c'était bien facile à prévoir. Le 27 décembre, lorsque la Chambre remit à la session de janvier la discussion de l'interpellation, elle fut bien avertie, en effet, qu'il était fort à craindre qu'elle se trouvât plus tard en présence d'un fait accompli. Cette crainte s'est en partie réalisée. Des faits se sont succédé dont l'importance n'échappera à personne. Les troupes de renfort portées par la Corrèze ont été dans la nécessité de s'emparer d'Hong-Hay, dans la baie d'Alung. Notre consul à Hué, le commandant Rheinart, a amené son pavillon et s'est retiré avec sa suite; son action était devenue inutile et il y aurait eu danger, sans profit possible, à demeurer sans défense, au milieu d'une population qui pouvait facilement devenir violente.

D'un autre côté, le commandant Rivière avait été obligé de s'emparer de la citadelle de Nam-Dinh, sur le Bobé (branche méridionale du fleuve Rouge), afin de conserver la libre circulation du fleuve et de protéger ses communications de

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243 remettre en question ce qui, à ce moment, était et eût rester bien fini. Tous ceux qui connaissaient le Tonkin, et s'intéressaient à lui, tous ceux qui avaient à cœur l'avenir de la France dans cet extrême Orient, s'efforçaient, par des conférences, des brochures, des publications dans la presse, d'instruire et d'édifier l'opinion. Par eux, on avait appris que le peuple tonkinois, malgré notre premier abandon, avait encore en nous toutes ses espérances; que lors de sa dernière révolte contre l'oppresseur, il avait arboré le drapeau de la France, qu'il nous appelait de tous ses vœux, prêt à se donner à nous, si nous le délivrions du joug détesté de l'Annam. Ce fait, si heureux pour nous, cette confiance des Tonkinois, il était en effet impossible de le méconnaître, et la presse étrangère elle-même le proclamait dans tous ces parages, en invitant la France à accomplir l'œuvre de délivrance et de civilisation à laquelle étaient intéressées toutes les nations. Cependant des événements qui se sont succédé sur un théâtre plus rapproché captivèrent un moment l'attention et le Tonkin eût été à peu près oublié si le Gouvernement n'eût demandé, en juillet 1881, un crédit de deux millions quatre cent mille francs, pour faire construire des bâtiments d'un type spécial, destinés à naviguer dans le fleuve Rouge et à détruire la piraterie dans les rivières et sur les côtes du Tonkin. La marine n'employa pas ce crédit avec une suffisante activité, et en 1882 les pirates du haut du fleuve, connus sous le nom de pavillons noirs, se livrèrent à de telles déprédations et devinrent si arrogants, que le gouverneur de Cochinchine crut devoir renforcer la petite garde qui se trouvait à Hanoï pour assurer la sécurité de notre consul et des Européens. Le chef de cette petite expédition fut amené, peu après son arrivée dans la capitale du Tonkin, à s'emparer de la citadelle, qui a été à peu près démantelée. Cet événement produisit en France une certaine émotion; des nouvelles souvent inexactes, toujours exagérées, firent croire qu'il pouvait se produire quelques dangers pour nos nationaux. Lors de la discussion du budget, le Ministre de la Marine, l'amiral Jaureguiberry, annonçait le dépôt prochain d'un projet de loi, portant ouverture des crédits qu'il jugeait nécessaires pour mener à bien notre action au Tonkin. Page 5 No 1889 On sait ce qu'il en advint; des désaccords se produisirent, dit-on, au sein du Gouvernement et le dépôt du projet n'eut jamais lieu. Une demande d'interpellation déposée par le député de la Cochinchine fut renvoyée à la session suivante, par suite de la maladie des deux Ministres intéressés, par suite surtout de cette considération qu'un renfort de 750 hommes parti par la Corrèze éloignait tout danger immédiat. On sait les circonstances qui empêchèrent tout d'abord l'affaire du Tonkin de venir à l'ordre du jour. Le Ministère Duclere fut remplacé par le Ministère Fallières et celui-ci par le Ministère actuel, avant que la question pût venir en discussion. Mais les événements avaient marché, c'était bien facile à prévoir. Le 27 décembre, lorsque la Chambre remit à la session de janvier la discussion de l'interpellation, elle fut bien avertie, en effet, qu'il était fort à craindre qu'elle se trouvât plus tard en présence d'un fait accompli. Cette crainte s'est en partie réalisée. Des faits se sont succédé dont l'importance n'échappera à personne. Les troupes de renfort portées par la Corrèze ont été dans la nécessité de s'emparer d'Hong-Hay, dans la baie d'Alung. Notre consul à Hué, le commandant Rheinart, a amené son pavillon et s'est retiré avec sa suite; son action était devenue inutile et il y aurait eu danger, sans profit possible, à demeurer sans défense, au milieu d'une population qui pouvait facilement devenir violente. D'un autre côté, le commandant Rivière avait été obligé de s'emparer de la citadelle de Nam-Dinh, sur le Bobé (branche méridionale du fleuve Rouge), afin de conserver la libre circulation du fleuve et de protéger ses communications de 2
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Tous ceux qui connaissaient le Tonkin, et s'intéressaient à lui, tous ceux qui avaient à cœur l'avenir de la France dans cet extrême Orient, s'efforçaient, par des conférences, des brochures, des publications dans la presse, d'instruire et d'édifier l'opinion. Par eux, on avait appris que le peuple tonkinois, malgré notre premier abandon, avait encore en nous toutes ses espérances; que lors de sa dernière révolte contre l'oppresseur, il avait arboré le drapeau de la France, qu'il nous appelait de tous ses vœux, prêt à se donner à nous, si nous le délivrions du joug détesté de l'Annam. Ce fait, si heureux pour nous, cette confiance des Tonkinois, il était en effet impossible de le méconnaître, et la presse étrangère elle-même le proclamait dans tous ces parages, en invitant la France à accomplir l'œuvre de délivrance et de civilisation à laquelle étaient intéressées toutes les nations.

Cependant des événements qui se sont succédé sur un théâtre plus rapproché captivèrent un moment l'attention et le Tonkin eût été à peu près oublié si le Gouvernement n'eût demandé, en juillet 1881, un crédit de deux millions quatre cent mille francs, pour faire construire des bâtiments d'un type spécial, destinés à naviguer dans le fleuve Rouge et à détruire la piraterie dans les rivières et sur les côtes du Tonkin.

La marine n'employa pas ce crédit avec une suffisante ac- tivité, et en 1882 les pirates du haut du fleuve, connus sous le nom de pavillons noirs,se livrèrent à de telles déprédations et devinrent si arrogants, que le gouverneur de Cochinchine crut devoir renforcer la petite garde qui se trouvait à Hanoï pour assurer la sécurité de notre consul et des Européens. Le chef de cette petite expédition fut amené, peu après son arrivée dans la capitale du Tonkin, à s'emparer de la cita- delle, qui a été à peu près démantelée. Cet événement pro- duisit en France une certaine émotion; des nouvelles souvent inexactes, toujours exagérées, firent croire qu'il pou-

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vait se produire quelques dangers pour nos nationaux. Lors de la discussion du budget, le Ministre de la Marine, l'amiral Jaureguiberry, annonçait le dépôt prochain d'un projet de loi, portant ouverture des crédits qu'il jugeait nécessaires pour mener à bien notre action au Tonkin.

On sait ce qu'il en advint; des désaccords se produisi- rent, dit-on, au sein du Gouvernement et le dépôt du projet n'eut jamais lieu.

Une demande d'interpellation déposée par le député de la Cochinchine fut renvoyée à la session suivante, par suite de la maladie des deux Ministres intéressés, par suite surtout de cette considération qu'un renfort de 750 hommes parti par la Corrèze éloignait tout danger immédiat.

On sait les circonstances qui empêchèrent tout d'abord l'affaire du Tonkin de venir à l'ordre du jour. Le Ministère Duclere fut remplacé par le Ministère Fallières et celui-ci par le Ministère actuel, avant que la question pût venir en dis- cussion.

Mais les événements avaient marché, c'était bien facile à prévoir. Le 27 décembre, lorsque la Chambre remit à la ses- sion de janvier la discussion de l'interpellation, elle fut bien avertie, en effet, qu'il était fort à craindre qu'elle se trouvât plus tard en présence d'un fait accompli. Cette crainte s'est en partie réalisée. Des faits se sont succédé dont l'impor- tance n'échappera à personne. Les troupes de renfort por- tées par la Corrèze ont été dans la nécessité de s'emparer d'Hong-Hay, dans la baie d'Alung. Notre consul à Hué, le commandant Rheinart, a amené son pavillon et s'est retiré avec sa suite; son action était devenue inutile et il y aurait eu danger, sans profit possible, à demeurer sans défense, au milieu d'une population qui pouvait facilement devenir vio- lente.

D'un autre côté, le commandant Rivière avait été obligé de s'emparer de la citadelle de Nam-Dinh, sur le Bobé (bran- che méridionale du fleuve Rouge), afin de conserver la libre circulation du fleuve et de protéger ses communications de

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